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2 Labiche dans un Château - La femme qui perd ses jarretières les nuits de Joux - Reportages

2 Labiche dans un Château - La femme qui perd ses jarretières


Portfolio

LA FEMME QUI PERD SES JARRETIèRES :
Laverdure, ancien valet qui a hérité de son ancien patron, s’ennuie ! Afin d’occuper ses journées de nouveau rentier, il tombe amoureux d’une jeune chemisière et engage le valet le plus rustre possible pour le dresser. Or, pendant son voyage du Morvan à Paris, ce dernier a partagé « quelques privautés » avec une jeune femme...
MON ISMENIE :
Pour la 8ème fois depuis le début de l’année, un prétendant se présente chez la famille Vancouver pour tenter d’épouser la jeune Isménie. Or, celle-ci est la fille d’un père très possessif. Il est aux petits soins pour son « héliotrope » jusqu’à l’outrance et a du mal à tolérer l’arrivée de ce nouveau prétendant.
L’esprit de Labiche
« L’esprit de Labiche (…) traque jusqu’au plus profond de l’âme bourgeoise les mots, les gestes qui feront rire parce qu’ils sont vrais, (…) ordinaires jusqu’à la platitude ». Soumis à cet esprit ordinaire bourgeois qui assujetti toutes les autres formes de pensée, ces personnages se meuvent tels des automates, des machines dont l’existence se caractérise par sa mécanique répétitive. Notre rire – mécanique lui aussi ? - surgit alors peut-être pour enrayer ce qui nous ressemble, ce qui ressemble au vivant mais qui est invariablement mort ? En mettant en scène Mon Ismènie ! et La Femme qui perd ses jarretières, je ne désire pas porter un regard critique et distancié, en étant convaincu de ne pas être un automate moi-même, mais je veux me divertir et tromper l’ennui, rire et me rendre ivre de l’esprit bourgeois, m’y confondre le temps d’une représentation. Après, nous verrons bien…
Après avoir relu les oeuvres complètes d’Eugène Labiche, Philippe Soupault écrit : « On mesure la puissance de ces individus - les bourgeois - qui peuvent consacrer leur vie à de petits intérêts, mais s’y consacrer avec passion en sacrifiant délibérément ce qui est grand, ce qui est généreux. » A quoi conduit une société qui choisit « délibérément » de faire de ses intérêts financiers le seul agent régulateur de ses rapports sociaux et de sa mondanité ? A quelle modalité d’être sont réduits les personnages dépeints par Labiche ? Quel air respirent-ils ? L’air, qui dans le monde médiéval permettait de donner forme au serment amoureux, à quoi sert-il dans cette société du second empire où les sentiments sont contractualisés en mariage, où les émotions sont étouffées par des habitudes discrètes et rangées ? Il semble que la peur exerce un pouvoir occulte qui règle les usages et abolit le droit de chacun à s’individualiser.

Raphaël Patout